T.I
MARX : UNE PHILOSOPHIE DE LA REALITE
La théorie des textes :
Cette introduction énergique recense les erreurs
majeures de l’interprétation du vrai Marx. Elle explique
également pourquoi cette occultation a pu s’établir
: les textes qui imposent à l’évidence l’unité
et la qualité de sa réflexion n’ont été
publiés qu’en 1932, après la constitution du marxisme
en doctrine officielle, déformante. A cet égard, la responsabilité
d’Engels, l’ami de Marx, est écrasante : la platitude
de ses explications a contribué à la chute de la pensée
marxienne dans le positivisme scientiste. A cela se sont ajoutés
: incompréhension de Riazanov, médiocrité de Lénine,
insistance d’un Durkheim à l’inclure dans les sciences
positives, de même que plus tard Marcuse qui en a fait un économiste,
escamotages d’Althusser et de son école « sous les
couleurs déjà délavées du structuralisme
» etc.
De plus, il n’y a pas de coupure dans l’œuvre
de Marx. M.H. restitue son mouvement unitaire en retraçant l’histoire
des concepts marxiens, de leur élaboration théorique :
individu, subjectivité, vie, réalité, histoire,
praxis etc. Il s’agit d’une histoire transcendantale qui
interprète l’être comme production et praxis. Ces
concepts ontologiques n’ont rien à voir avec ceux du marxisme
politique. Pour Marx, formes productives, classes sociales ne sont pas
des principes d’explication. Quant à l’histoire du
capitalisme, elle est pour lui celle du monde. Les régimes communistes
qui se sont réclamés de Marx doivent leur échec
à leur refus de prendre en compte les individus vivants. Marx
est un philosophe et « un des plus grands penseurs de l’Occident
», c’est dans cette perspective que seront abordés
les deux volets de son œuvre.
I – La critique de l’essence politique : le manuscrit
de 42
Les écrits du jeune Marx attestent sa fascination
pour le système hégélien qui ne s’intéresse
qu’à l’universel, l’Etat, mais aussi ses réticences
devant son abstraction et son indifférence à l’individu
lui-même. Dans le manuscrit de 1842, son premier grand travail
théorique, « texte extraordinaire » (M.H.), il renonce
déjà à la prétention de l’universalité,
même s’il souhaite établir l’identité
de l’universel et du particulier. Il perçoit que la philosophie
hégélienne de l’Etat ne décrit que les lois
de l’Idée alors que la réalité de l’Etat
repose sur les individus qui produisent la substance politique.
C’est renverser la relation établie par Hegel et deviner
le caractère immanent de la vie qui contient en elle sa propre
motivation. D’où sa critique des médiations
proposées par Hegel pour justifier l’opposition entre individus
particuliers et essence politique : assemblées représentatives
des groupes ; corps des fonctionnaires ; majorat
; l’élection enfin, c'est-à-dire la représentation
politique, alors que tout individu est membre de l’Etat. N’ayant
pas encore mesuré l’absurdité du concept de «
genre » de Feuerbach, Marx va se laisser prendre au pseudo réalisme
de celui-ci qui justifie l’unité de la société
civile et de l’Etat dans la mesure où l’universel
serait constitué par toutes les possibilités concrètes
de l’existence.
II
– L’humanisme du jeune Marx
Les manuscrits de 1943 témoignent de la même
contradiction que les précédents : Marx cherche à
se dégager de Hegel tout en devinant que le concept de «
genre » de Feuerbach n’est qu’une caricature de l’universel
hégélien. C’est ainsi qu’apparaissent dans
ses premiers écrits des thèmes qui appartiennent à
L’idéologie allemande, plus tard modifiés
voire complètement reniés par lui mais qui seront tenus
pour politiquement « marxistes » : critique de la religion,
naturalisme, travail, construction a priori des concepts de révolution
et de prolétariat, célébration de la fin de la
philosophie.
1 – La critique de la religion :
Empruntée à Feuerbach, surdéterminée par
Bauer, elle réduit la religion à une représentation
qui met au compte de Dieu des propriétés humaines, intelligence,
amour, sensibilité. L’anthropologie de Marx l’adopte,
même si, dès 1846, il réfute contre Stirner la thèse
de l’autonomie humaine et ne parle plus que « d’individus
vivants » ; plus tard, en 1858, il se demandera si l’homme
s’est vraiment posé lui-même.
2 – L’humanisme à proprement parler : identité
de l’humanisme et du naturalisme
Naturalisme désigne le rapport de l’homme
à la nature c’est-à-dire pour Feuerbach la relation
concrète de l’homme à l’homme et d’abord
à la femme. L’homme aurait besoin de l’Autre pour
s’apercevoir à la lumière de l’universel,
exigence qui est un sous-produit de la conception hégélienne
de l’intersubjectivité, la lutte pour la reconnaissance,
qui s’effectue en réalité à l’intérieur
de l’individu lui-même. Sur l’analyse importante de
cette dérivation hégélienne, se reporter à
la lumineuse explication par M.H. (pp. 105-110) de la dialectique des
consciences, fondation transcendantale de l’objectivité
comme intersubjectivité.
Quant au concept de travail, il est lui aussi
dérivé de Hegel pour lequel, la conscience étant
un processus et toute objectivité étant objectivation
de la conscience, l’être dans le monde est production,
la conscience ouvrant ainsi le milieu de l’objectivité
c’est-à-dire l’universel. La métaphysique
allemande s’empare ainsi de l’économie, incitant
Marx en 1844 à entreprendre des études en ce domaine.
L’homme, dit-il, est le produit de son propre travail. La pensée
est la vérité du travail en tant que contemplation de
soi-même dans ce qui est autre. Cette signification donnera tout
son poids à la problématique de l’aliénation.
Celle-ci consiste à prendre à l’homme, au-delà
du prix de son travail, son véritable objet, c’est-à-dire
à le dépouiller de son propre Soi.
3 – La théorie du prolétariat et la révolution
C’est cette théorie qui a fait du marxisme
« une mythologie extravagante » (M.H.). En 1844 Marx conçoit
l’hypothèse d’un socialisme à la lumière
de la métaphysique allemande de l’universel c’est-à-dire
d’un schéma dialectique emprunté à Hegel
: une révolution n’est possible que si son mouvement se
donne comme universel et sur le fond de l’opposition. Cette théorie
d’une libération radicale suppose la suppression d’une
aliénation radicale – également construite a priori
- du prolétariat, classe qui aurait un caractère
universel en raison de ses souffrances universelles c’est-à-dire
que la perte complète de l’homme ne pourrait se reconquérir
elle-même que par le regain complet de l’homme. Il faut
tout perdre pour tout retrouver, c’est la vertu de la souffrance,
du mal etc. Se reporter pp. 138-150 pour l’explication magistrale
de M.H. sur la dialectique, son histoire et la kénose qui resurgissent
dans la spéculation marxienne.
Le concept de révolution possède
analogiquement une vertu magique : c’est le négatif dans
sa prétention à accomplir lui-même l’œuvre
de l’être, avec identité métaphysique de l’être
et du néant. A ce concept de révolution est liée
l’idée de totalité : le Tout, concept idéal
à quoi rien ne correspond dans la réalité matérielle,
doit être changé. Et d’ailleurs rien n’est
changé puisque l’action se meut dans l’idéalité.
Ainsi se présente la « fin de la philosophie », devenue
idéologie : la politique se substitue à la vie réelle,
devient religion, le complément idéologique du monde vrai.
Le concept de révolution, phantasme de la vie, devient catastrophe
rédemptrice, genèse mystique du Bien à partir du
Mal, du Tout à partir du rien. La thèse, infirmée
par l’histoire, de la paupérisation progressive du prolétariat
n’est que la formulation concrète du thème métaphysique
de l’aliénation de l’homme.
III – La réduction des totalités
1 - La mythologie de l’histoire
C’est au prolétariat qu’il incombe,
en tant que concept de classe qui se nie elle-même, d’abolir
les autres classes et de réaliser l’historial de l’universel.
La révolution rend possible l’histoire qui est le parvenir
en soi de l’homme. Le temps de l’histoire est donc le développement
de l’aliénation comme condition de sa réappropriation,
ce qui fait de la dialectique une théologie déguisée.
Cf. la dernière philosophie de Schelling, l’idée
de l’ironie de Dieu etc. Dans Les luttes de classe en France
1848-1850, Marx désigne l’édification d’une
finalité secrète sous une contre finalité apparente,
l’édification du contraire promis à la destruction,
le prolétariat favorisant les ennemis de ses ennemis etc. L’histoire
est le milieu où s’accomplira la loi de l’être
et justifie l’existence du mal en tant qu’elle est une histoire
totale, ce qui est répéter l’erreur qu’il
avait dénoncée chez Hegel : dans une histoire qui obéit
au schéma de la kénose, l’oubli des individus vivants.
2 – La théorie transcendantale de l’histoire
: le matérialisme historique
C’est peut-être grâce à Stirner
que, dès L’idéologie allemande, Marx décroche
de la philosophie de l’histoire pour ne reconnaître que
la relation des individus entre eux. Le concept de « genre »
est lui aussi abandonné, « l’histoire ne fait rien
», elle n’est plus dialectique mais celle des individus
réels.
Dès lors le fait historique premier est la
production de la vie matérielle. Appartenir à l’histoire
signifie pour chaque individu obéir au besoin, produire et consommer.
La vie originelle ne réside pas dans sa propre compréhension
mais dans le mouvement immanent de l’affectivité et de
l’action, ce qui implique la mise en avant du travail, condition
naturelle de l’existence. Quant au prolétariat, il ne peut
être défini que par le vécu de sa détresse.
3 – La généalogie des classes
Celles-ci constituent la réalité de
la société et l’histoire s’explique par leur
lutte. Pourquoi parler de classes et pas d’individus ? Parce que
la société est la somme des rapports entre individus,
sans que pour autant ceux-ci soient déterminés par elle.
Marx estime qu’une condition personnelle ne cesse pas d’être
personnelle quand elle devient générale. C’est une
affaire de similitude. La classe n’est qu’une représentation,
ce concept-clé qui va reparaître dans toute l’œuvre
marxienne. Il y a classe lorsque les conditions sociales, originellement
subjectives mais communes à plusieurs, deviennent des caractères
objectifs. Pareille relation est extrinsèque. La réalité
originelle n’est ni communauté, ni organisation, ni unité
: la classe se réduit aux individus qui la composent dans leur
diversité.
Sans que soit supprimée pour autant sa réalité
subjective, la classe parvient donc à son propre concept, à
sa représentation : la conscience de classe. Celle-ci prend une
signification politique – et peut devenir le pouvoir organisé
d’une classe pour résister à l’oppression
d’une autre. Quoique simple hypostase des structures sociales,
elle peut être pensée indépendamment des individus,
sans déterminer pour autant leur activité sociale, elle,
toujours subjective : l’histoire sociale des hommes n’est
jamais que celle de leur développement individuel.
4 - La division du travail
La critique de celle-ci occupe une place centrale
dans la réflexion de Marx et, à défaut d’une
thématisation systématique, elle est révélatrice
de sa conception de l’individu dont la vie immanente est faisceau
de forces qui doivent se réaliser.
La division du travail, dit-il, est au fondement des
classes sociales et sa signification est ontologique, non historique.
Elle est apparue avec la séparation du travail matériel
et du travail intellectuel, puis de la production et du commerce, elle
culmine dans l’industrialisation. L’ensemble des structures
sociales repose sur elle. Elle confère sa physionomie propre
au prolétariat. Si la suppression des classes est le but dernier
du socialisme, la suppression de la division du travail est la condition
de ce socialisme.
Pourquoi estimer négative une division économiquement
efficace ? Parce qu’elle est division de la subjectivité.
Elle morcelle l’individu, le dépossède pour le métamorphoser
en rouage automatique à l’intérieur d’une
opération qu’il ne commande pas. Maladie de la vie, donc,
qui s’attaque à la racine de la force du travail, «
assassinat d’un peuple », dit Marx. Car l’actualisation
des pouvoirs de la vie ne se produit plus dans l’homme mais hors
de lui – appauvrissant sa force productive. L’individu n’est
plus le Tout - critique qui correspond à la revendication d’un
développement intégral de toutes les potentialités
de la vie, de leur actualisation dans un même individu.
IV – La détermination de la réalité
1 – Pratique et théorie
La détermination de la réalité
que l’hégélianisme avait perdue est un thème
capital chez Marx dès 1842. Mais ce n’est qu’à
partir de 1844 que la réalité inclut la société
civile, c’est-à-dire la réalité économique
et sociale. Séduit par l’anthropologie de Feuerbach qui
reconnaît le caractère sensible de la réalité
mais conscient de la confusion de celui-ci, il fait de la subjectivité
transcendantale le fondement de ce « naturalisme » qu’il
partage provisoirement avec Feuerbach. « Tout besoin est subjectif
», trouve-t-on dans L’idéologie allemande.
« Avoir des sens signifie souffrir », « l’homme
est un être passionné », ce qui est concevoir la
sensibilité et l’affectivité comme puissances vivantes
se modifiant et se modalisant sans cesse librement, concrètement.
Leur critique de Hegel est-elle fondée? Dans
la donation qu’est l’intuition selon Feuerbach, l’étant
est rendu sensible en tant qu’objet. Or le processus hégélien
d’objectivation ne crée pas non plus l’étant,
il le découvre. C’est l’objet qu’il crée.
La critique de Marx et de Feuerbach n’a donc aucune signification
ontologique (cf. pp.298- 310). L’essence de la sensibilité
feuerbachienne est la même que l’objectivité hégélienne,
à cela près que chez Hegel il n’y a pas simple réception.
Marx d’autre part fait désigner au concept
de sens l’ensemble des puissances de la subjectivité :
l’objet du sens y est le produit comme dans Hegel de l’objectivation
de la conscience, l’extension du concept de sens incluant la totalité
des intentionnalités. Certes Marx repousse l’objectivation
des formes et des puissances de l’esprit humain. Mais la praxis
sensible, dit M.H., n’est elle aussi que leur objectivation, elle
est la forme de ces forces. Et pourtant, dès 1842, Marx sait
que Hegel a laissé échapper la réalité qui
ne peut être constituée par l’intuition de Feuerbach.
2 - L’essence originelle de la praxis
Les thèses sur Feuerbach contiennent
la réponse à la question : qu’est-ce que la réalité
? C’est la pratique, l’action - ce qui dessine un horizon
ontologique radicalement nouveau : l’homme réel est pris
dans une totalité préexistante, il est l’homme d’une
histoire et d’une société donnée, conviction
que Marx répète sans pouvoir l’élucider vraiment.
Cette action n’est possible qu’en tant qu’elle n’est
pas une intuition. L’action est invisible, parce que, supplée
M.H. avec sa phénoménologie du corps, il n’y a en
elle aucun objet, elle est subjective, dépouillée de toute
relation intentionnelle, hors monde. Le concept marxien de l’être
est dès lors la subjectivité, prise dans un sens nouveau.
Il faut toutefois revenir sur la critique par Marx
de Hegel. Certes ce dernier a proposé une interprétation
de ce qui est et devient : nature, histoire, droit, art, religion. Marx
quant à lui pose la question de la pratique, de l’action,
impliquant non plus la reconnaissance des lois de l’être
mais les modifications de celui-ci. « Les philosophes, dit-il,
n’ont fait qu’interpréter le monde de différentes
manières, ce qui importe, c’est de le transformer ».
C’est pourtant Hegel qui a dit : « l’essence de l’homme,
c’est le travail » et c’est lui qui a fait de l’action
ce qui donne sa réalité à la liberté - et
non la visée d’un devoir. Le concept de l’être comme production
domine tout son système, action étrangère à
celle de la pensée, comme l’indique sa critique de «
la belle âme » qui renonce à la vie.
Dans sa Première philosophie de l’esprit
que Marx n’a pu connaître, Hegel célèbre le
primat de la praxis sur la théorie, la nécessité
de l’action. C’est le travail qui permet à la conscience
de s’objectiver. Cela étant, l’action de l’individu
n’est que l’autoproduction de l’Etre dans l’objectivité,
thèse reprise dans La phénoménologie de l’esprit.
Car chez Hegel l’action fait voir, sa praxis est théorie
– et c’est ce que Marx a compris.
Il va donc produire un concept radicalement immanent
de l’action. Sa problématique de la praxis définit
le statut originel du travail qui constitue à la fois la réalité
économique et le thème central qu’il poursuit jusqu’à
sa mort : Le Capital s’éclaire à partir
de cette recherche de l’essence de la production. La pratique
est subjective, c’est la subjectivité motrice d’un
individu concret. La théorie, elle, ne fait rien, elle n’est
qu’hypostase où se perd la réalité. Marx
démontre l’impuissance de la pensée en tant que
pure théorie. Il énonce dès lors une vérité
nouvelle : le pouvoir de révélation appartient au faire.
« C’est dans la pratique, dit-il, qu’il faut que l’homme
prouve la vérité ».
V – Le lieu de l’idéologie
1 – La dimension ontologique de l’irréalité
Il s’agit du concept clé de représentation
dont Marx va soutenir sa définition de l’économie.
Ce concept est ambigu : positif dans l’idéalisme allemand
où il signifie la copie fiable de l’être, il est
dessaisi par Marx de tout pouvoir ontologique, l’action réelle
étant un faire dont l’expérience est immanente en
chacun. La représentation de la conscience reste à la
surface des choses, elle est théorie opposée à
la praxis, elle, processus vital de l’action, de la production.
L’idéologie, ensemble des représentations de la
conscience, est donc le lieu de l’irréalité. Avec
deux conséquences : ce n’est pas à partir de sa
conscience qu’on peut circonscrire le rôle de l’individu
dans la production économique, comme le croyait le structuralisme
pour éliminer celui-ci ; illusion plus grande encore de l’autonomie
du capitalisme qui s’imagine pouvoir à lui seul engendrer
de la valeur, à quoi s’ajoute l’illusion du droit,
de la législation justicière.
2 – La généalogie des idées et le concept
idéologique de l’idéologie
Marx ne s’en tient pas à une définition
négative de l’idéologie : s’il lui refuse
autonomie et consistance, il reconnaît que la réalité
ne s’oppose pas seulement à la représentation, elle
la fonde. Car la pensée s’enracine dans la vie. L’origine
des idées réside dans l’activité des individus.
Si bien que l’idéologie va être l’agent du
vouloir profond de la vie dont le savoir est subjectivité, souffrance,
inquiétude, appétit, tout cela qui constitue sa généalogie.
Un seul naturant produit les conditions de production, les classes et
les idées. Absurdité du structuralisme qui considère
l’idéologie comme un tout sans se référer
à sa source. Marx raillait la croyance que l’idéologie
objective détermine les idées d’une époque.
Même s’il est en retrait par rapport à Maine de Biran
qui écrivait quarante ans avant, explique M.H., il a pressenti
que la causalité n’est pas une idée mais l’action
dans son effectuation subjective originelle, le corps. Aussi les catégories
sont-elles arrachées par lui de la sphère de la conscience.
La théorie de la généalogie formule rigoureusement
la relation de la pratique et de la théorie.
3 – L’ordre des catégories et le problème
de la vérité.
L’idéal étant incapable de produire
ses propres déterminations, seule la réalité à
laquelle se réfèrent les catégories leur confère
leur signification : ainsi du droit - qui n’est pas un code préétabli
comme le croit Stirner -, de la propriété, du travail,
concept sous lequel peuvent être subsumés tous les travaux
humains etc.
Sa dépendance à l’égard
de la praxis vivante fait que l’histoire n’est que le lieu
d’émergence des structures d’une société.
Mouvement imprévisible de la vie, son effectuation obéit
à la genèse propre du concret – et ce contre Hegel.
Les concepts tels que la rotation du capital doivent donc être
construits par la science à partir du temps réel (en note,
critique d’Althusser et de Balibar sur ce point, pp 461-466).
La catégorie n’est pas éternelle parce que la pensée
n’est rien d’autre que la représentation de la vie
par elle-même. C’est la praxis qui fonde, et elle seule,
la permanence de l’histoire.

• Retour
sommaire • Suite