Analyse des oeuvres et index

 Philosophie et phénoménologie du corps, ( P.U.F.) 1ère ed. 1965
 Phénoménologie matérielle (1990), ed. P.U.F
 L’essence de la manifestation, ed. P.U.F., 1963
 Voir l'invisible, essai sur Kandinsky
 Marx I,II, ed.Gallimard, 1991
 Les romans de Michel Henry
 Du communisme au capitalisme, O. Jacob, 1990
 Phénoménologie de la vie, ed. P.U.F., 2004
 La Barbarie, 1ère ed. Grasset, 1987
 Généalogie de la psychanalyse (1985), ed. P.U.F., 1985  

 

MARX ,
T I : UNE PHILOSOPHIE DE LA REALITE,
T II : UNE PHILOSOPHIE DE L’ECONOMIE
Gallimard 1976, collection blanche ; 1991, coll. Tel,2 vol.

 Page 1
Préface
 Page 2
T I : Une Philosophie de la réalité
 Page 3
T II : Une Philosophie de l'économie
 Page 4
Index

   Après la rédaction de L’essence de la manifestation, M.H. n’entendait pas s’en tenir au renversement de la phénoménologie qu’il venait d’effectuer. L’enjeu personnel de sa recherche – « savoir qui j’étais » - impliquait une lecture différente du champ de l’existence ouvert par sa philosophie de l’immanence. Sa nouvelle topographie ontologique exigeait que soit modifié en tout domaine le rapport interne à l’Etre de l’individu assuré de son ipséité comme adhésion à soi, passivité principielle ne pouvant être dépassée que par l’accroissement de soi, ce qui impliquait une nouvelle définition de l’action, etc. Lorsqu’un hasard universitaire – L’idéologie allemande au programme de ses agrégatifs – l’a incité à l’étude systématique de Marx dont il n’avait jusque là qu’une connaissance lacunaire, M.H. a eu le bonheur de découvrir en lui « un des plus grands penseurs de tous les temps ». Le vrai Marx n’était pas celui exploité par « le catéchisme primaire » du communisme. D’où la formule de sa préface qui a fait scandale à une époque où la puissance des régimes qui s’en réclamaient semblait assurée et recueillait l’approbation de toute une partie de l’intelligentsia européenne : « Le marxisme est l’ensemble des contresens qui ont été faits sur Marx ».

   En réalité, M.H., qui a relégué la polémique dans quelques notes vigoureuses et parfois copieuses en bas de page, a conçu son étude dans le prolongement direct de L’essence de la manifestation. C’est à la lumière de sa propre philosophie de l’immanence, de sa définition de l’ipséité, de sa réflexion sur le corps, c'est-à-dire le travail, l’effort, mais aussi sa défiance des ingérences de l’abstraction, cette « représentation » dénoncée dans son grand essai, qu’il saisit l’émergence des thèmes marxiens et qu’il reconstitue, portant à l’explicite, grâce à son propre système et utilisant son propre lexique, leurs présuppositions, leur dimension véritable, insistant particulièrement sur la conception marxienne de l’individu.

   C’est par rigueur intellectuelle en effet que Marx, dont l’interrogation sur le politique et l’économique était subordonnée à celle sur la réalité de la vie, a abordé le problème de la subjectivité corporelle à propos du travail, qu’il avait, lui aussi, refusé une philosophie de l’extériorité et de l’impersonnalité de l’être sous les espèces du système hégélien tout puissant à son époque – sans qu’il ait pu thématiser son désaccord avec ce dernier, et procédant par contestations ponctuelles. Pour avoir déjà mis en question exhaustivement ce qu’il a nommé « monisme ontologique », M.H. se retrouvait en terrain familier. On ne saurait donc que conseiller en préalable la (re)lecture :
 - de Philosophie et phénoménologie du corps, qui permet de comprendre l’adhésion de M.H. à la conception
   marxienne du travail
 - des chapitres sur Hegel publiés en appendice de L’essence de la manifestation. Cette analyse éclaire la façon dont M.H. a pu saisir la fascination/rétractation que manifeste le jeune Marx devant la grandiose construction hégélienne qui n’a cure de cette individualité humaine concrète - préoccupation permanente, mais occultée par le marxisme, de la réflexion marxienne qui s’est d’emblée insurgée contre la dictature de l’universel de Hegel et de ses disciples - objet dans le tome I d’un supplément d’explications lumineuses de M.H. Le but est pour lui de restituer le vrai Marx, de retracer l’unité philosophique de sa pensée, ignorée de ceux qui, n’ayant pas saisi l’enracinement dans l’ontologie de ses analyses économiques, ne comprenaient pas non plus la dimension de ces dernières, retenant d’une pincée de ses écrits un résumé déformant au service d’un militantisme révolutionnaire indigent.

    L’étude de M.H. se répartit en deux volumes, rédigés de façon passionnée, de lecture aisée, d’autant plus que pour éviter à son lecteur une recherche par renvois aux œuvres diverses de Marx, en sont données des citations copieuses qui font entendre la voix de celui-ci. Le premier tome, Une philosophie de la réalité, se consacre à la genèse des concepts de la pensée marxienne contre et à partir de l’idéalisme allemand. Le tome II, Une philosophie de l’économie, analyse, à la lumière de la vie concrète telle que la conçoit Marx, son système économique dont le principe unique est : la valeur est produite exclusivement par le travail vivant. M.H. dévoile ici l’actualité de celui qui n’est nullement un penseur du passé. De toute façon ses idées n’ont rien à voir avec les régimes qui s’en sont réclamés et qui se sont depuis effondrés. Sa géniale analyse de l’économie qui s’enracine dans sa conception métaphysique de « l’individu vivant » est plus que jamais actuelle : il a prophétisé le destin du capitalisme régnant en notre début de XXIe siècle, destin inséparable de la praxis subjective de l’individu que le mouvement même du capitalisme, qui pourtant en dépend, élimine inexorablement, ce qui signifie que les jours de celui-ci sont comptés.


   Dans le descriptif qui suit, on ne trouvera comme pour les autres ouvrages que les grands axes de l’analyse, dont la présentation sommaire est purement destinée à favoriser la lecture de cette étude majeure, la première de ce type consacrée à Marx - « un très grand livre », disait Paul Ricoeur.

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